Sous la direction du Professeur Jean-Claude RAMANDIMBIARISON,
Professeur titulaire de chaire en Sociologie, membre de l’Association Internationale des Sociologues de Langue Française
La réponse d’un malgache
à la politique des Institutions de Bretton Woods
REGARD CRITIQUE ET VOIE ALTERNATIVE POUR LE DEVELOPPEMENT DE MADAGASCAR :
UTOPIE OU SIMPLE PRAGMATISME ?
Par Jean-Jacques RATSIETISON* Décembre 2006
SOMMAIREPARTIE 1- LE FMI ET LA BANQUE MONDIALE : FOSSOYEURS DU TIERS MONDE
La dévaluation
1/ La dévaluation : Caisse de stabilisation bis
2/ Dévaluation mesure anti-économique, principale sinon seule responsable de la pauvreté et de la famine et à l’origine directe de dizaines de milliers de décès par an
Le libéralisme
Les zones franches
PARTIE II- QUE PEUT-ON ATTENDRE DES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS ?
PARTIE III- COMMENT ERADIQUER LA PAUVRETE ?
L’Etat doit jouer un rôle actif majeur et être le « moteur » de la relance
L’Etat doit se servir de tous les moyens à sa disposition pour financer la relance, y compris le recours au déficit public
PARTIE IV- QUELLES SOLUTIONS CONCRETES POUR MADAGASCAR ?
Ce qui est à prohiber
Les solutions :
1/ la 1ère mesure :
2/ la 2nde mesure d’accompagnement
Mettre en œuvre une vraie politique de création d’emplois qui s’appuie sur le rôle moteur de l’Etat et la participation active des nationaux autour d’une production au service et/ou tournée vers les besoins de la population
1/ Le tourisme
2/ Les cultures vivrières
3/ La construction
S’attaquer aux vrais freins à la croissance
1. L’insuffisance des infrastructures
2. La carence en énergie
3. sur les problèmes d’environnement
INTRODUCTIONLa présente NOTE D’ANALYSE est ouverte aux différentes opinions sans que cela n’engage le CDE. C’est dans ce cadre que nous publions la présente analyse.
Actuellement, l'économie du marché mondial en imposant sa dynamique, a modifié les règles de la politique internationale. L'abolition Des frontières de l'économie, de la politique et de la société marque Le début d' une nouvelle lutte pour le pouvoir et le contre-pouvoir .
En aucun cas, on ne pourra faire l'économie d' une redéfinition de la politique des Etats. Dans ce contexte, Il est essentiel de comprendre que seul un changement dans la politique des Etats pourra transformer Le jeu-où-tout-le-monde-perd qu'est le méta-jeu en un jeu-où-tout-le-monde-gagne .
La question clé EST donc la suivante : comment Le concept et Le mode d'organisation de l' Etat peuvent-ils et doivent-ils s' ouvrir aux défis de la mondialisation économique et se transformer?
C'est la question à laquelle J.J. Ratsietison a tenté d'apporter une réponse. Le cas de Madagascar pourrait éventuellement servir de point de départ pour l 'étude d' autres pays.
-PARTIE 1-
LE FMI ET LA BANQUE MONDIALE :
FOSSOYEURS DU TIERS MONDE
Les critiques à l’égard des Institutions de BRETTON WOODS n’ont le plus souvent porté que sur la brutalité des mesures et réformes qu’elles imposent aux pays du tiers monde ainsi qu’à leur application uniforme et sans discernement.
Car le consensus ou plutôt l’idée que « la pensée unique technocrate » a réussi à imposer à la communauté Internationale, prévalait que ces « remèdes de cheval » étaient un mal nécessaire, un mauvais cap à passer, un passage obligé pour sortir ces pays du sous-développement et les amener sur le chemin de la Croissance et du Développement.
Quelques décennies, des centaines de milliards de dollars et plus de 4.000 % de dévaluation plus tard pour ce qui concerne plus particulièrement Madagascar (oui, vous avez bien lu : plus de quatre mille pour cent), le constat est édifiant : des économies Africaines lourdement endettées et totalement sinistrées, ignorées par les investisseurs et des populations entières décimées par la précarité et la malnutrition.
Mais peut-il en être autrement lorsqu’on sait que la finalité des mesures imposées ne répond qu’à une seule préoccupation qui tient en une phrase : « L’économie mondiale a besoin de main-d’œuvre et de matières premières bon marché ».
On favorise l’endettement mais en ne finançant que des « projets de développement » ou des achats qui soutiennent la croissance de l’« économie mondiale » comme les ventes d’armes en Afrique qui ont longtemps soutenu et financé l’industrie de l’armement des pays du Nord.
Les prêts, sont ensuite ponctionnés en premier lieu par des honoraires de consultants de cabinets d’études internationaux supposés faire des études sur la faisabilité des « projets de développement », quoi de plus normal pour en garantir la réussite vous dira t-on. Qu’importe alors si les dits projets sont surdimensionnés ou inadaptés aux vrais besoins du pays, voire se terminent en queue de poisson à partir du moment où ils auront permis à l’« économie mondiale » de réaliser de juteux profits grâce à la vente d’usines clés en main.
Et tout cela s’est traduit à Madagascar par le financement de tous ces projets mort-nés que l’on a baptisé les « éléphants blancs » durant la période de politique d’ « investissements à outrance » de la fin des années 70 qui a conduit à un « endettement à outrance ».
Or, malgré les études de faisabilité payées à prix d’or, les fameux « éléphants blancs » ont tous quasiment déposé leurs bilans au lendemain de leurs inaugurations, obligeant l’Etat à trouver d’autres ressources pour rembourser ses dettes.
L’exportation de matières premières agricoles ressortait dès lors naturellement comme la seule option possible, puisque par ailleurs la vente des produits de rente (café et vanille notamment pour Madagascar) représentait déjà plus de 80% des recettes en devises.
Malheureusement la chute des cours des matières premières agricoles (jusqu’à 80%), conjuguée à la baisse de la production ainsi que la pauvreté généralisée engendrée par les dévaluations programmées, anémient les ressources de l’Etat et font plonger les recettes en devise du pays et l’Etat ne peut plus « mécaniquement » faire face à ses dépenses courantes et encore moins honorer les échéances de sa dette, libellée justement en devise :
Car le pays est passé entre temps sous les fourches caudines du FMI et de la Banque mondiale qui pour atteindre leur objectif primaire peuvent lui administrer en toute liberté leur fameuse potion « universelle » qui se résume en 3 mots : « Dévaluation, Libéralisme, Zone franche ».
La dévaluation
Sur les 3 chevaux de bataille du FMI et de la Banque Mondiale, le 1er cité est celui qui tout en étant le plus injustifié a eu l’effet le plus dévastateur sur les économies du tiers monde et en particulier celles de l’Afrique sub-saharienne et Madagascar.
1/ La dévaluation : Caisse de stabilisation bis
La seule justification et l’unique finalité de la dévaluation sont celles de suppléer les STABEX ou caisses de stabilisation des cours des matières premières. Celles-ci supposées compenser la perte de revenus des paysans en cas de faiblesse des prix sur le marché mondial, sont devenues inutiles et complètement obsolètes face aux chutes vertigineuses des cours.
Le Marché International des Devises (MID) n’en est que la forme la plus pernicieuse car :
- il permet de faire de la dévaluation sans en parler : plus aucune discussion ou d’effet d’annonces toujours suivi de débats houleux,
- mais aussi et surtout il en repousse les limites à l’infini.
Un historique s’impose afin de comprendre les vraies motivations et démonter le mécanisme utilisé par les 2 Institutions de BRETTON WOODS pour atteindre leurs objectifs :
Rien que sur la période 1986-1992, les cours des principales matières premières, cacao et café en tête mais également la vanille pour ce qui concerne Madagascar, ont chuté dans des proportions se situant entre 60% et 80%.
Devant cette situation catastrophique pour les économies des pays producteurs, on a alors pu observer des phénomènes et des comportements diamétralement opposés :
- Dans les pays Africains membres de la zone CFA, monnaie à parité intangible avec le Franc Français de l’époque, les paysans avaient commencé à arracher les plants de café et de cacao (entre autres) pour les remplacer par des cultures vivrières.
- A Madagascar en revanche, on n’a pas eu droit aux mêmes scènes d’arrachage de plants mais la production a globalement baissé, et du stock de vanille aurait même été brûlé dans une vaine tentative d’en redresser les cours. Et détail qui a son importance, durant la même période le Fmg a subi une très forte dépréciation cumulée de 540%.
A partir de ces 2 constats, la seule vraie question qu’il faut se poser est de fait la suivante : que se serait-il passé à Madagascar sans la dévaluation du FMG ?
Un exemple simple et chiffré permettra d’y répondre aisément. Prenons un paysan qui réalise une vente équivalente à 100 FF (avant la 1ère dévaluation) ce qui lui procure un revenu de 5.000 Fmg (1FF = 50Fmg).
Notre paysan, pour la même quantité de produits vendus, aurait encaissé en 1992 :
- 40 FF dans l’hypothèse d’une baisse des cours de 60% soit 2.000 FMG
- 20 FF dans l’hypothèse d’une baisse de 80% soit 1.000 FMG
Et la réponse est sans équivoque : à l’image des paysans Africains de la zone CFA, sans la dévaluation, les paysans malgaches auraient également délaissé ces produits « pourris ».
Et maintenant calculons son revenu en 1992 avec le Fmg dévalué (1FF = 320 Fmg) :
- toujours 40 FF (hypothèse baisse de 60% des cours) mais un revenu de 12.800 Fmg
- et 20 FF (hypothèse baisse de 80%) soit un revenu de 6.400 Fmg.
Dans les 2 cas, le revenu du paysan est amélioré de manière significative en monnaie locale puisqu’il est multiplié par 6,4 par rapport à l’hypothèse sans dévaluation, néanmoins cette très forte amélioration s’avère n’être qu’artificielle, ce qui explique la baisse de la production :
- avec 12.800 Fmg, il multiplie certes par 2,5 son revenu nominal (avant dévaluation), mais ce n’est pas pour le motiver outre mesure puisqu’en effet son pouvoir d’achat s’est détérioré plus fortement à cause de l’inflation importée par la dévaluation sur la période considérée et la hausse du coût de la vie de 10 à 20 fois plus importante.
- avec 6.400 Fmg, il se retrouve dans le même état d’esprit que le paysan de la zone CFA.
Le bilan est donc très mitigé voire décevant pour nos bailleurs de fonds car la dépréciation de la monnaie Malgache, malgré son ampleur, est demeurée insuffisante pour endiguer la baisse de la production et pérenniser la culture du café et de la vanille entre autres.
C’est alors que nos experts ont imaginé le système du « flottement » de la monnaie malgache, qui marque le début de la glissade sans fin du Fmg, et dès 1994 la rumeur préparait l’opinion publique à une parité de 1.000 Fmg pour 1FF.
Le « flottement », sans doute trop informel pour perdurer, donnera naissance au MID actuel. Ces 2 derniers systèmes présentent 2 énormes avantages pour le FMI et la Banque Mondiale :
- Ils leur dispensent de l’effet d’annonces préalable à toute nouvelle dévaluation et leur évitent les joutes passionnées qui s’en suivent avec ceux qui y sont opposés.
Reprenez vos journaux de l’époque : les débats sur la dévaluation faisaient rage et occupaient la une de tous nos quotidiens et encore en 1992 on ne parlait que d’une dévaluation entre 16 et 20%. Mais comme c’était encore très loin de compenser la faiblesse des cours des matières premières, nos dirigeants d’alors avertissaient déjà que cela ne serait sans doute pas suffisant.
- Mais surtout, ils leur permettent d’atteindre le niveau de parité souhaité quel qu’en soit le niveau, dans un laps de temps très limité. Quoi de plus naturel diront-ils puisque c’est le marché qui détermine le cours du FMG devenu l’Ariary.
Les résultats laissent pantois : si avec la dévaluation « négociée » la monnaie nationale n’a perdu « que » 540% de sa valeur à fin mars 1992, le flottement instauré quelques mois après et le MID par la suite, ont accéléré la descente aux enfers avec une dépréciation cumulée en 2006 de quelque 4.250 %.
Ainsi sous couvert de « technicité » et de « loi du marché » selon laquelle la parité de l’Ariary doit être déterminée par « l’offre et la demande » sur le MID, le FMI et la Banque Mondiale ont abusivement imposé la dévaluation pour soutenir artificiellement les cours des matières premières, enregistrant comme seul succès l’amélioration très remarquée du rang de la Grande île dans le classement des pays les plus pauvres du monde.
En effet, la Banque Centrale d’un pays à monnaie non convertible, n’a aucune obligation ni légale ni contractuelle ni d’aucune autre nature , de se constituer contrepartie en dernier ressort aux fins de satisfaire une demande formulée par un tiers (Investisseurs, particuliers, importateurs, etc.) d’échanger de la monnaie locale contre une devise étrangère.
Ce qui n’est pas le cas d’un pays à monnaie convertible, qui à défaut de ne pouvoir faire face à une telle obligation liée à la convertibilité, verrait sa monnaie subir une dévaluation technique.
C’est bien pour cela que le Brésil et l’Argentine, dont les monnaies ne sont pas convertibles, ont pu en 1994, et ce pratiquement du jour au lendemain, aligner leurs monnaies respectives sur le Dollar américain.
A l’inverse à titre d’exemple, la Lire italienne d’alors n’aurait pas tenu une seule journée une parité d’une Lire égale à un Dollar compte tenu du rapport de change entre les 2 monnaies qui était de l’ordre de 1 USD pour 1.800 ITL.
En effet la monnaie italienne étant convertible, l’Etat italien au travers de sa Banque Centrale devait en garantir la convertibilité en tout lieu et tout temps en se constituant contrepartie en dernier ressort vis à vis de tout détenteur de Lires qui exprimerait le souhait de l’échanger contre une autre devise. A défaut d’y parvenir, ce qui n’aurait pas manqué de se produire le cas échéant, la Lire aurait subi une dévaluation technique et serait revenue mécaniquement à sa parité d’origine avec le Dollar.
De ce fait, une dépréciation de la monnaie malgache suivant un soi disant « loi de l’offre et de la demande » sur le MID, relève de l’hérésie intellectuelle.
Et d’ailleurs de quelle « offre et demande » parle t’on à Madagascar sinon de transactions quotidiennes qui frisent le ridicule par leurs volumes et leurs montants : parfois quelques millions et un nombre de transactions qui se compte avec les doigts d’une main pour la devise la plus active (l’Euro) voire aucune transaction pour la 1ère devise mondiale (l’USD).
On veut nous convaincre que parce que quelques importateurs, un jour que le bon Dieu a fait, ont eu du mal à trouver une devise et ont dû la payer plus chère, la parité de l’Ariary doit en être affectée entraînant le reste de l’économie du pays dans un gouffre sans fond.
Ou alors on nous avance l’argument éculé du différentiel d’inflation avec le marché financier international : mais c’est bien la dévaluation qui alimente l’inflation et c’est pour cela que le Plan Réal baptisé « plan anti-inflation » a été une réussite sans surprise. Un an après sa mise en place (le 1er juillet 1994), l’inflation brésilienne qui était encore de 40% pour le seul mois de janvier 1994, soit un rythme annuel supérieur à 5.000 %, était ramenée à moins de 3%.
La dévaluation, ce mécanisme fruit de la « pensée unique technocrate », appliquée aux pays du tiers-monde et notamment à Madagascar est :
- techniquement infondée : une demande mal satisfaite (payée trop chère) ou insatisfaite d’une devise, n’engage en aucune manière la responsabilité de l’Etat Malgache et ne peut donc impacter la parité de la monnaie nationale.
Au demeurant, les parités de l’Ariary sont du ressort de la souveraineté nationale et doivent être déterminées uniquement sur la base des critères et des paramètres fondamentaux de l’économie malgache.
- et économiquement aberrante : quel pays dont 80% des recettes d’exportation reposaient sur des matières premières dont les prix sont fixés par le marché, aurait eu un intérêt quelconque à dévaluer ?
En outre, les contradictions ne manquent pas : ainsi lors des discussions sur l’OMC, les pays du Nord accusaient ceux du Sud de Dumping social, alors que dans le même temps les bailleurs de fonds leur imposaient la « dévaluation compétitive ».
Et enfin plus simplement, si la dévaluation était une panacée, pourquoi la 1ère économie du monde qui présente pourtant tous les symptômes pour y procéder ne le fait-elle pas :
- un déficit commercial abyssal qui dénote une absence évidente et totale de compétitivité,
- un record « mondial » en termes de déficit budgétaire,
- et partant, le pays le plus endetté de la planète.
Pourtant au lieu de dévaluer, elle s’est contentée de demander, sans succès, à son partenaire commercial principale source de son déficit (la Chine), de réévaluer sa monnaie.
On dit que le ridicule ne tue pas, malheureusement ce n’est pas le cas de la dévaluation imposée aux pays du tiers-monde.
2/ Dévaluation mesure anti-économique, principale sinon seule responsable de la pauvreté et de la famine et à l’origine directe de dizaines de milliers de décès par an
Tous les économistes sont au moins d’accord sur un point : la vitalité d’une économie dépend de la vigueur de la demande interne.
Dans les pays du Nord, dès les 1ers signes de fléchissement de la croissance on s’interroge aussitôt sur les mesures et les moyens à mettre en œuvre pour doper la consommation interne.
Pour les pays du Sud, il est sidérant de devoir constater qu’aucune voix ne s’est élevée, et surtout pas celle de la Banque Mondiale ou du FMI pourtant supposés être à leurs chevets, pour ne serait-ce que susciter le début d’un commencement d’un débat sur l’opportunité de relancer la demande.
Au contraire, alors que les populations concernées crèvent littéralement de sous-alimentation et de faim, les « Experts » avec la complicité des dirigeants corrompus et incompétents (pour une fois on est d’accord) continuent à leur préconiser de se serrer encore plus la ceinture !
Et on pourra toujours se demander au passage pourquoi le FMI et la Banque mondiale n’ont pas, au début des années 1990, encouragé et accompagné le phénomène observé de transition des pays de la zone CFA vers les cultures vivrières, alors qu’on sait que les populations africaines meurent par dizaines de milliers tous les ans de la famine et de la malnutrition.
Au lieu de cela, le sort du CFA a été scellé par une dévaluation de 100% et l’Ouganda était en 1994 cité par le FMI comme le modèle de référence.
Or, en y regardant de plus près, la nouvelle économie ougandaise prise en exemple à suivre se caractérisait par des exportations constituées à plus de 90% par … le café et la vanille.
Imaginez un instant un Banquier finançant un nouvel exploitant d’élevage de porcs en Bretagne (France) où les éleveurs font déjà face à une surproduction chronique, et qui le citerait en exemple partout !
Il faudrait être soit aveugle, soit idiot, soit criminel pour ne pas voir que le principal problème de ces pays est justement la faiblesse extrême du pouvoir d’achat des ménages.
A Madagascar, la demande a été totalement atrophiée par les dévaluations successives destinées à maintenir artificiellement les cours des matières premières en monnaie locale et à en pérenniser la production à tout prix.
Elles ont complètement déstructuré le rapport entre salaire et coût de la vie dans le reste de l’économie pourtant étranger au « café et à la vanille » et par ailleurs majoritaire, et fait que la quasi-totalité de la population, y compris les salariés, vit dans la plus grande précarité.
La classe moyenne a disparu depuis des lustres et depuis longtemps, un salaire ne suffit plus qu’à couvrir à peine les besoins alimentaires primaires.
Jugez en vous-mêmes au travers de cet exemple concret, dans lequel tous les Malgaches se reconnaîtront : un jeune ingénieur stagiaire gagnait 70.000 Fmg en 1983, l’équivalent de 1.400 FF soit 213 Euros. Aujourd’hui devenu ingénieur de classe exceptionnelle échelon 1 et après plus de 2 décennies de dévaluation, il émarge à 360.000 Ariary soit 128 Euros.
Malgré un salaire nominal multiplié par un peu plus de 25 fois, grâce à un parcours professionnel honorable, il est, en monnaie courante, pratiquement 2 fois plus pauvre en 2006 (128 euros) qu’en 1983 (213 euros).
Mais c’est en monnaie constante et à statut équivalent que l’on découvre la vraie étendue des dégâts : la dévaluation (4.250 %) a été 7 fois plus élevée que l’évolution du salaire d’un ingénieur stagiaire (environ 6 fois seulement contre 42,5 pour la dévaluation) et l’inflation a été plus importante de 15 à 20 fois selon les produits.
Et les retraités, surtout ceux du secteur privé, se trouvent encore plus en situation de rupture :
Un retraité du privé touche le 1/3 de son dernier salaire sur 3 mois. Le calcul est vite fait, au 1er jour de la retraite, il doit apprendre à vivre avec 10% de son salaire. Après une dévaluation de 100% il va lui rester un pouvoir d’achat équivalant au mieux à 5%. Et après 200%, 500% … 1.000% de dévaluation (inutile d’aller plus loin) ? Je laisse le soin à chacun de répondre.
On estime simplement qu’un retraité, quel que fût son statut social durant sa période d’activité professionnelle, décède en moyenne de malnutrition au bout de 3 à 4 ans.
Les chiffres se passent de commentaires : ces 2 exemples résument et décrivent clairement ce mécanisme de formation mécanique de la pauvreté en même temps véritable instrument de mort.
L’économie malgache, au lieu de se développer dans un « cercle vertueux » de croissance, se retrouve enfermée dans une spirale dépressive et un « cercle vicieux » qui se rétrécit sur son centre :
Une dévaluation génère une inflation importée qui ponctionne substantiellement et de manière instantanée le pouvoir d’achat des ménages et maintient les taux d’intérêts à des niveaux très élevés. La baisse des ventes des Entreprises qui en résulte, conjuguée aux coûts prohibitifs du financement empêchent toute initiative de création d’Entreprises et donc d’emplois, et détruisent ceux existants car les PME fragilisées en sont réduites à licencier du personnel, voire à déposer leurs bilans, entraînant une contraction complémentaire de la demande.
Les effets cumulés de ces phénomènes provoquent une chute des recettes fiscales de l’Etat que les bailleurs de fonds obligent alors à réduire de train de vie. Ce qui entraîne une réduction additionnelle de la demande …et puis survient une nouvelle dévaluation qui ne fera que répéter en l’accentuant tout cet enchaînement de baisses, allant jusqu’à casser l’appareil productif.
Et le cycle de pauvreté de se reproduire ainsi indéfiniment, avec son cortège d’insécurité et de corruption généralisée, qui pour 99% de la population n’est finalement qu’un moyen essentiel et vital de survie au jour le jour.
A chaque dévaluation, la précarité augmente mécaniquement et des milliers d’êtres humains, y compris les travailleurs, sont de fait condamnés à mort. Non pas parce qu’ils ne travaillent pas mais tout simplement parce que leurs revenus ne leur permettent plus, du jour au lendemain, de s’alimenter suffisamment, et encore moins de se soigner en cas de maladie. Mais parce qu’ils meurent pudiquement en silence, de manière disséminée et non violente au sein de leurs familles, la morale est sauve : leurs décès sont comptabilisés en mort naturelle.
Les Experts du FMI et de la Banque Mondiale mettent cet appauvrissement mécanique dû à la dévaluation et son corollaire (l’abaissement spectaculaire de l’espérance de vie) sur le compte de la pauvreté qui elle-même serait due aux dirigeants dictateurs, corrompus et incompétents.
Et ainsi ont-ils trouvé les coupables idéaux qui s’avèrent en réalité être leurs alliés objectifs.
En réussissant à braquer les projecteurs sur les dictateurs corrompus et incompétents (ce qui est vrai) et à mettre l’entière responsabilité de l’échec du tiers-monde sur leurs dos (ce qui est loin d’être vrai), ils sont parvenus à occulter leur propre responsabilité sur la politique économique désastreuse qu’ils imposent : véritable machine à organiser la banqueroute de l’Etat, à fabriquer la pauvreté et à perpétuer le développement du sous- développement.
On a vu il n’y a pas si longtemps feu M. MOBUTU, seul accusé de la débâcle économique Zaïroise, dont on avait dit qu’avec sa richesse personnelle il pouvait rembourser la dette du Zaïre. Mais pendant ce temps, on passe sous silence la plus grosse part du gâteau dont on a spolié le pays, et avec laquelle ce dernier aurait pu rembourser mille fois sa dette depuis toutes ces décennies d’exploitation.
Car le plus gros hold-up de tous les temps est bel et bien ce véritable « système organisé », orchestré par les Institutions de BRETTON WOODS, de transfert gratuit de richesses du Sud vers le Nord, dont la dévaluation a été le principal instrument, et qui était déjà décrié et dénoncé dans les années 70 par les économistes du tiers-monde sous la fameuse formule : « la détérioration des termes de l’échange ». Ce système qui oblige, par le biais des «conditionnalités », les pays du tiers monde à produire à tout prix des matières premières agricoles et à les vendre à n’importe quel prix.
Et sur l’incapacité chronique du tiers-monde à rembourser sa dette toujours à cause de ses dirigeants corrompus qui vident les caisses de l’Etat, quel pays tirant l’essentiel de ses ressources en devises de la vente de matières premières agricoles dont les cours chutent jusqu’à 80%, pourrait continuer à honorer les services de sa dette libellés justement en devises étrangères même si ses dirigeants étaient compétents et honnêtes.
Le propos n’est pas de disculper les dirigeants Africains coupables ou de diluer leur part de responsabilité dans la situation catastrophique où ils ont, avec les bailleurs de fonds, plongé le tiers-monde. Seulement, il nous faut faire le bon diagnostic, bien comprendre les raisons réelles de la faillite de nos économies et bien faire la part des choses sur les responsabilités, si on veut trouver les vraies solutions à nos problèmes et essayer de nous en sortir : il faut que cesse cette situation surréaliste où le Sud s’appauvrit en travaillant alors que le Nord s’enrichit en dormant (en spéculant sur les cours).
Le libéralisme
Le libéralisme qui va de pair avec privatisation, constitue la 2nde pierre angulaire de la politique imposée au 1/3 monde : il oblige l’Etat à se désengager de tous les secteurs de l’économie et à se cantonner dans un rôle de régulateur de l’économie.
L’Etat Malgache a ainsi dû par exemple laisser la place au privé dans le secteur bancaire, sauf qu’en fait de privatisation, les banques d’Etat Malgaches ont été reprises par des banques d’un autre Etat : la BNP et le Crédit Lyonnais étaient bel et bien des banques nationales Françaises au moment de leurs prises de contrôle : rien qu’une petite contradiction de plus.
Et la privatisation de ces deux banques par la suite, prête à sourire car le tour de table a été constitué, pour l’essentiel, des « zinzins » (les fameux Investisseurs Institutionnels avec en tête, la caisse des dépôts et consignation) .
On nous a promis ensuite que le libéralisme avec l’ouverture à la concurrence, ferait baisser les prix et profiterait pleinement au consommateur, voire :
- avec l’ouverture des lignes aériennes à des opérateurs privés aux côtés des traditionnelles compagnies nationales, Madagascar bénéficie des tarifs aériens les plus onéreux du monde.
- le coût des réassurances se trouve également parmi les plus chers du monde.
- avec le pseudo « privatisation » du secteur bancaire, les banques étrangères ne se privent pas de facturer des services bancaires qu’ils n’arrivent pas à faire dans leurs pays d’origine comme les frais de tenue de compte.
Et on pourrait faire une longue liste des biens ou services commercialisés à des prix prohibitifs et à des conditions scandaleuses car le consommateur, tout en payant le prix fort ne bénéficie d’aucune protection : alors qu’un bien d’équipement représente parfois plusieurs mois de salaire, les commerçants ayant pignon sur rue n’hésitent pas à les commercialiser sans aucune garantie, favorisant l’écoulement dans le pays de produits parfois défectueux d’origine.
Mais on n’est plus à une contradiction près car les pays qui se disent être les plus libéraux sont en réalité les plus protectionnistes, et les pays du Nord en sont par exemple encore et toujours à subventionner leurs secteurs agricole et aéronautique et à protéger leurs marchés.
Alors, plutôt que de polémiquer plus longuement sur un grand principe qui en fin de compte n’engage que ceux qui veulent bien l’appliquer, nous préférons nous intéresser et nous référer aux principales conclusions du Conseil Interaction. Ce dernier, créé en 1983, et au sein duquel siègent d’anciens chefs d’Etat et de gouvernement, se veut être une force de réflexions et de propositions. Il présente l’énorme avantage que tous ses membres ont exercé des fonctions au plus haut niveau de l’Etat mais surtout qu’ils disposent désormais d’une liberté de langage qu’ils n’avaient pas forcément durant l’exercice de leurs responsabilités antérieures puisqu’en effet ils ne sont plus astreints à la traditionnelle obligation de réserve.
Le Conseil énonçait ainsi lors de ses 10èmes assises : « L’échec du modèle socialiste ne devrait pas servir de prétexte pour préconiser une solution « théologique » fondée sur le capitalisme comme seule option possible ». Une des études du conseil après avoir noté qu’il n’y avait dans le monde aucun pays capitaliste ou socialiste à 100%, et précisé qu’une grande partie des pays capitalistes (notamment le Japon et l’Europe occidentale) se distinguaient par une économie mixte avec un secteur public vigoureux pesant en moyenne 40% du PNB, concluait que « Le principal problème consiste en fait à déterminer le dosage le plus efficace pour chaque économie ».
Dont acte, et l’objectivité du Conseil pourrait être difficilement mise en doute dans la mesure où ses membres sont issus de tous les régimes politiques du monde, avec des grands noms qu’on pourrait difficilement taxer de « communistes » : y siégeaient entre autres les anciens présidents Giscard d’Estaing, Gerald Ford, Raoul Alfonsin ou encore l’ancien chancelier Helmut Schmidt.
Les zones franches
Et avec les zones franches la boucle est bouclée : elles constituent le seul cadre économique proposé à la jeunesse du tiers monde, avec des emplois non qualifiés et sous- payés, alors que le pays a plus que jamais besoin d’Entreprises citoyennes qui participent au redressement du pays en s’acquittant de ses obligations d’impôts (une des principales sources de revenu de l’Etat) avant de prétendre profiter de ses droits à des bénéfices substantiels.
Et oui, un non sens économique cette fois-ci : comment un Etat pourrait-il avoir les moyens de sa politique si les Entreprises ne paient pas d’impôts, et si les salaires de misère qu’elles offrent ne génèrent que des rentrées fiscales anecdotiques.
Mission accomplie pour nos Experts : l’ « économie mondiale » dispose de matières premières et de main d’œuvre bon marché. Main-d’œuvre si bon marché qu’elle est royalement ignorée par les vrais investisseurs, ceux qui investissent pour le moyen et long terme et qui s’intègrent au pays en y payant des impôts : car il est définitivement révolu le temps où le choix d’investissement se limitait à un dosage subtil entre le capital et la main-d’œuvre. En effet les exigences de la demande mondiale en qualité ainsi que la généralisation de l’utilisation de l’informatique ont déplacé les contraintes des processus de fabrication vers une nécessité de qualification des opérateurs même de base. Or le fossé devenu depuis un gouffre, qui sépare le Nord du Sud, résulte désormais pour l’essentiel du non accès du Sud au « savoir ».
Et si on ajoute à cela le fait que les motivations des investisseurs, au-delà de la seule baisse des coûts de production, portent aussi maintenant sur la conquête de nouveaux marchés solvables, la messe est dite. L’Afrique sub-saharienne et Madagascar en particulier en devenant malgré eux fournisseurs de matières premières très bon marché (qui ont fait et continuent à faire la prospérité de « l’économie mondiale ») et de main d’œuvre à très bas coûts, ne répondent à aucun des 2 critères de « solvabilité » et de « qualification ».
PARTIE IIQUE PEUT-ON ATTENDRE DES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS ?Sans une réelle volonté politique qui ne peut émaner que des Responsables des pays occidentaux, principaux actionnaires des 2 Institutions, la réponse est : RIEN. Car il faut bien comprendre que les experts du FMI et de la Banque mondiale ne font que satisfaire les intérêts et les demandes de leurs mandataires : les pays du Nord.
On nous a suffisamment gavés de termes vides de sens comme ces PAS (plans d’ajustement structurels) qu’on pourrait rebaptiser sans peine en PAF (plans d’ajustements financiers) tant ils n’ont aucun impact sur la structure ou les capacités de production de notre économie, mais se limitent à de simples aides à la balance des paiements ou à des bouche-trous budgétaires.
Au moins le discours actuel a le mérite de la clarté car après 21 ans de cure de la fameuse potion, les interventions de nos Experts ne tournent plus qu’autour du thème de la pauvreté :
- on a la visite d’un économiste présenté comme « spécialiste de la réduction de la pauvreté », en la personne d’un vice-président de la Banque Mondiale M. Gobind Nankani,
- Madagascar est éligible aux CARP (crédit d’appui à la réduction de la pauvreté),
- on met en œuvre le DSRP (Document stratégique pour la réduction de la pauvreté)
En somme, que de simples mesures d’allègement temporaire des conséquences de la pauvreté.
Des mesures qui n’auraient de réel sens qu’en tant que dispositif d’accompagnement à un financement d’un vrai plan de restructuration et de relance de l’économie, qu’on attend toujours, associé à une vraie politique de création d’emplois : car on ne combat pas la pauvreté avec des crédits ponctuels et en poussant les Malgaches à la résignation en leur expliquant qu’il faut des décennies pour « peut-être » l’éradiquer (ce qui est FAUX) :
- on avait pourtant bien commencé par financer des projets de développement mais très vite suivis au milieu des années 80 par des pseudos Plans d’Ajustements Structurels stériles,
- 10 ans après un rapport de la Banque Mondiale publié en avril 1994 prédisait une situation économique de l’Afrique qui ne devait pas s’améliorer au cours des 10 prochaines années,
- Bien vu ! Et aujourd’hui nos Experts ne parlent plus que de lutte contre la pauvreté pour les 10 autres années à venir,
- Et dans 10 ans combien de Malgaches auront survécu pour entendre le prochain pronostic ?
Il est tout simplement consternant de devoir constater que des Experts Internationaux en Economie qui ont « conseillé » Madagascar pendant plus de 20 ans, imposé toutes leurs conditions et dévalué la monnaie Malgache de 4.250 %, n’ont pas à présenter un bilan de leurs actions, n’endossent aucune responsabilité sur la gabegie qu’ils laissent derrière eux et surtout ne soient tenus à aucune obligation de résultat.
S’il reste encore malgré tout, des inconditionnels du FMI et de la Banque Mondiale, je renvoie les derniers sceptiques à cette sortie de M. Lewis Preston alors Patron de la Banque Mondiale qui a dénoncé, en le mettant sur la place publique et en le qualifiant de « révoltant », ce rapport confidentiel d’un économiste de la Banque qui n’avait comme seule proposition que la délocalisation des industries sales (polluantes) dans les pays en voie de (sous) développement.
Le tiers monde a payé en sang et en larmes la politique du FMI et de la Banque Mondiale, aussi le moins que puisse faire la communauté Internationale serait d’effacer totalement la dette des pays les plus pauvres et de financer un vrai plan de relance de leurs économies :
· Si ce n’est pas pour des raisons de logique financière (ce ne serait que leur rendre ce qu’on leur a volé depuis),
· ou humanitaires (les populations concernées crèvent déjà de faim),
· que ce soit alors au nom de la « morale humaine » car il est indécent de demander aujourd’hui aux populations victimes, de rembourser :
- l’achat des armes qui ont massacré leurs proches,
- et les dettes d’Etat dont elles n’ont entendu parler que dans la presse pour ceux qui savent lire.
-PARTIE III-COMMENT ERADIQUER LA PAUVRETE ?Il ne faut pas (seulement) lutter contre la pauvreté : il faut s’attaquer aux causes profondes qui l’ont insidieusement installée. Des solutions existent, pour la réduire de manière significative très rapidement, en moins de 5 ans malgré tout ce qu’on dit, (soit pratiquement le même temps qu’ont mis les dévaluations pour généraliser la précarité et étendre la pauvreté à toutes les couches sociales).
Il faudra impérativement transformer le plan de redressement des comptes publics (la rigueur bloque la croissance) en plan de relance de l’activité (seule la croissance amène la croissance).
Et pour cela il faudra faire preuve d’une réelle volonté politique et surtout faire montre de beaucoup de pragmatisme et de créativité en s’appuyant sur 2 grands principes :
L’Etat doit jouer un rôle actif majeur et être le « moteur » de la relance
Il faut auparavant s’affranchir des idées et des règles « théologiques » imposées par « la pensée unique » qui nous présente le capitalisme comme la seule et unique option possible. On n’entend plus que les mots : libéralisme, privatisation, investisseurs étrangers.
Il nous faut nous libérer de tout complexe vis-à-vis de tous ces mots vides de sens :
- car faut-il le répéter, il n’existe dans le monde aucun pays libéral et ceux qui se prétendent en être les champions subventionnent ouvertement des pans entiers de leurs économies (principal sujet de discorde Nord-Nord s’il en faut), et sont en réalité les plus protectionnistes allant jusqu’à revenir sur des engagements pris (le textile chinois en a fait les frais récemment).
- et comme le faisait remarquer une des études du conseil Interaction :
■ il n’existe aucun modèle applicable à l’échelle mondiale,
■ les pays capitalistes d’Europe occidentale ainsi que le Japon ont assis leur croissance et le développement de leur économie avec l’apport conséquent d’un secteur public vigoureux (on ne le répètera jamais assez) avec 40% du PNB en moyenne, associé à un secteur privé dynamique,
■ avant de conclure que « le principal problème consiste en fait à déterminer le dosage le plus efficace pour chaque économie »
La politique à moyen et long terme d’un pays ne peut :
- ni être financée par des capitaux volatiles et instables,
- ni être assurée exclusivement par des investisseurs privés aux intérêts antinomiques, uniquement motivés par la recherche du profit à court terme.
Nous faisons nôtre, cet autre constat du Conseil Interaction qui dit en substance :
« Le mécanisme du marché n’est pas une panacée ni pour résoudre les problèmes de la croissance, ni pour garantir la réalisation d’objectifs sociaux fondamentaux »
On voit ainsi mal pourquoi les pays du tiers-monde, durant leur phase de (re)construction, seraient tenus de se passer du rôle primordial que doit jouer l’Etat, un Etat responsable qui a permis aux grandes puissances actuelles d’asseoir les fondements de leur économie.
Par voie de conséquences il est impératif et urgent de faire une pause sur les privatisations et remédier au désengagement de l’Etat du secteur bancaire.
L’Etat doit se servir de tous les moyens à sa disposition pour financer la relance, y compris le recours au déficit public
Il faut également se préserver des formules à l’emporte-pièce qui créent de véritables interdits devenant presque des règles économiques immuables comme celles qui affirment :
■ que tout déficit budgétaire ou toute augmentation salariale entraîne une inflation,
■ ou que le maintien de l’équilibre des comptes de l’Etat est un principe fondamental et qu’aucune exception ne saurait y déroger.
L’exemple du déficit budgétaire Américain qui malgré son ampleur n’a généré aucune inflation, mais qui surtout aura permis de soutenir la croissance outre-Atlantique, est là pour contredire ces allégations d’apprentis économistes qui ignorent peut-être que les sciences économiques ne sont pas des sciences exactes.
Pour Madagascar, un recours au déficit public n’aura pas d’effet inflationniste comme aux Etats-Unis mais pas pour les mêmes raisons :
1. Si pour les Etats-Unis, le déficit doit sans doute servir en grande partie à rembourser la dette publique et/ou à subventionner le manque de compétitivité de leurs secteurs aéronautique et agricole (c'est-à-dire au maintien de l’activité à tout prix afin de maintenir la croissance à tout prix).
2. Pour Madagascar en revanche il aura un usage plus vertueux car il sera exclusivement alloué à la relance de l’économie en permettant à l’Etat :
■ de créer directement de nouvelles activités,
■ et de financer, au travers d’une structure financière à définir, l’initiative des Entrepreneurs nationaux du secteur privé.
Cette politique volontariste de création de nouveaux emplois, qui par essence n’est pas porteuse d’inflation, permettra à notre économie d’entrer dans un « cercle vertueux » de croissance :
- l’accroissement de la demande qui en découle profitera aux Sociétés existantes qui pourront embaucher et favorisera la création de nouvelles Entreprises dans tous les secteurs d’activité,
- ce qui entraînera l’émergence de nouvelles demandes, le tout contribuant par le biais de l’augmentation des rentrées fiscales (impôts sur le revenu des personnes physiques, impôts sur les Sociétés, TVA etc.) à renflouer les caisses de l’Etat et ainsi à rembourser le déficit public.
- L’Etat pourra alors financer la réalisation de ses objectifs sociaux fondamentaux (infrastructures sanitaire, éducative, énergétique, etc.) ce qui à son tour sera une nouvelle source d’alimentation de la demande qui profitera aux Entreprises qui pourront se développer et créer des emplois, ce qui accroîtra les revenus de l’Etat et cet enchaînement de croissance pourra se perpétuer de lui-même avec un effet « boule de neige ».
Car seule la croissance amène la croissance et notre choix est définitivement fait :
Nous préférons un Malgache « non compétitif » mais consommant et vivant normalement à celui pouvant offrir le salaire le plus « compétitif » du monde mais qui n’a rien à exporter que des produits « pourris » et va se retrouver jeune à 2 mètres sous terre.
-PARTIE IV-QUELLES SOLUTIONS CONCRETES POUR MADAGASCAR ?Ce qui est à prohiber
Dans tous les cas, dans les conditions actuelles de l’économie malgache, c’est le recours à de simples hausses des salaires ou du SMIC. En effet une telle mesure serait totalement inopérante surtout en cas de maintien du système de dévaluation :
- elle serait inéquitable puisqu’elle ne peut pas être généralisée,
- elle génèrerait tout de suite une inflation interne,
- mais surtout, ses effets seraient immédiatement effacés par la 1ère dévaluation qui surviendrait, et elle aurait alors au contraire un effet multiplicateur sur l’inflation importée à cette occasion, ce qui ne ferait qu’anémier la demande et accroître la pauvreté.
Ce qui n’est que la description du scénario de formation de la pauvreté au cours des 2 dernières décennies à Madagascar (Reprenez juste l’exemple de mon ex-jeune ingénieur).
Les solutions
Il faut arrêter cette politique extravertie où on doit toujours se positionner vis-à-vis de l’extérieur, ne (pouvoir ?) rien faire en attendant les investisseurs étrangers qui ne se bousculent pas pour venir, cultiver exclusivement des produits agricoles destinés à l’exportation alors que les Malgaches crèvent en majorité de faim. Il est impératif :
1. de s’attaquer à la seule vraie cause de la pauvreté à savoir la politique de dévaluation : sa remise en cause constitue un préalable incontournable, car elle est le principal facteur de blocage de la croissance et du développement,
2. de redonner du pouvoir d’achat aux ménages,
3. de mettre en œuvre une vraie politique de création d’emplois qui ne soit pas dépendant « d’on ne sait quels investisseurs étrangers qui viendraient d’on ne sait où », et en privilégiant une production (de biens et services) tournée vers les besoins de la population, et au service de la population,
4. de s’attaquer aux véritables freins à la croissance que sont : l’insuffisance des infrastructures, le manque d’énergie et les problèmes d’environnement.
Condition préalable et non négociable : cesser immédiatement la dévaluation
Il nous faut sortir des sentiers battus, escarpés et sans issue où nous conduisent les Experts Economistes du FMI et de la Banque Mondiale afin de nous engager sans complexe sur les « autoroutes » de la croissance :
La 1ère mesure à prendre, la plus importante et la plus urgente, préalable à toute autre et condition nécessaire et pratiquement suffisante (et je pèse mes mots) pour casser le mécanisme de la pauvreté, consiste en l’arrêt immédiat de la dévaluation de la monnaie Malgache, c'est-à-dire la suppression sine die du Marché International des devises : l’économie Malgache toute entière n’a pas à subventionner les matières premières agricoles dans le seul intérêt des pays riches du Nord.
On ne le répètera jamais assez : aucun Gouvernement, quel qu’il soit, ne réussira à redresser le pays et à éradiquer la pauvreté et toute politique économique restera stérile tant que ce mécanisme de dévaluation subsistera.
Que les pays consommateurs, qui subventionnent leurs propres paysans, prennent leurs responsabilités et paient nos matières premières agricoles à leur juste prix, s’ils souhaitent en pérenniser la production.
Car s’il faut, pour que le pays retrouve le chemin de la Croissance, qu’il n’y ait plus dans les 2 ans à venir ni une gousse de vanille ni un grain de café à Madagascar, et bien qu’il en soit ainsi.
Relancer la demande interne en redonnant très rapidement du pouvoir d’achat aux ménages par une « réévaluation » maîtrisée de l’Ariary
Il existe une mesure simple, rapide et non coûteuse pour relancer la demande mais qu’il faudra évidemment manipuler avec soin.
Il suffit (et encore une fois je pèse mes mots) de réévaluer l’Ariary en le positionnant aux cours pivots par rapport aux principales devises, qui permettent de retrouver l’équilibre entre salaires et coût de la vie, seule condition nécessaire et suffisante pour relancer l’activité « tout de suite ».
Et point très important, lorsque nous aurions réussi à restaurer une situation « normale » où un salaire moyen suffira à subvenir aux besoins normaux d’une famille moyenne, les vraies valeurs traditionnelles Malgaches referont surface, la corruption de « survie » disparaîtra d’elle-même, les contrôles internes des Entreprises et des Organismes d’Etat re-fonctionneront normalement et empêcheront la corruption d’Etat, celle condamnable et qui est le plus souvent le fait de personnes haut placées.
La réévaluation de l’Ariary est la seule mesure qui soit efficiente et rapide car :
1. elle permet de rendre la demande solvable pratiquement tout de suite, de la même manière que la dévaluation la contractait quasi immédiatement,
2. elle respecte l’équité, car tout le monde (salariés ou non) en profite,
3. et elle ne requiert aucun financement.
Le pouvoir d’achat retrouvé des ménages favorisera en outre la constitution d’une épargne qui pourra servir à refinancer l’économie : un autre pas de plus vers le « cercle vertueux ».
Cette réévaluation nécessite la mise en œuvre de 2 mesures d’accompagnement afin d’éviter les abus ou les actes malveillants, en attendant que notre appareil productif ne se reconstruise et que l’autorégulation de l’économie ne reprenne naturellement sa place.
1/ la 1ère mesure :
Le rétablissement du contrôle des changes, je vous avais prévenu, plus de « tabous ». Quoique somme toute, un tel contrôle soit une mesure des plus normales pour une monnaie non convertible qui a interdiction de quitter le territoire national.
Une réévaluation monétaire, en redonnant du pouvoir d’achat aux ménages et compte-tenu de l’état de notre appareil productif, risque en effet de faire un appel d’air important aux importations dans un premier temps.
Or Madagascar ne peut pas vivre au-dessus de ses moyens et doit donc gérer ses devises avec parcimonie afin de les affecter en priorité aux importations répondant aux besoins stratégiques de l’économie.
La seule manière d’y parvenir est de restaurer le contrôle des changes durant une période indéterminée en